lundi 9 janvier 2012

Une dernière fois.





23 septembre 2011. Berlin.

« Vous avez un cancer … Je vous donne 3 mois à vivre … »

Je frappe sur le bureau de l’oncologue de toutes mes forces comme si je voulais le casser en deux. Ce n’est pas possible. Ils ont dût se tromper. Le médecin me montre les résultats qu’ils ont refaits à trois reprises. Il n’y a pas de doute, je suis en phase terminal. Je mets mes mains derrière la tête en m’affalant sur cette chaise inconfortable, je n’en reviens toujours pas. Je sens mon cerveau bouillir comme si j’allais exploser. La rage de me savoir malade sur cette dernière ligne droite. Je me lève et sort du bureau en trombe, ne laissant pas le temps à l’oncologue de me faire rester sur place. Dehors, j’ai l’impression de suffoquer. La colère m’empêche de respirer. Je m’arrête, je reprends mon souffle et repart de nouveau sur ma route. Caché sous ma capuche pour éviter que les gens me reconnaissent et pour leur éviter un coup dans leurs mâchoires, en option. J’arrive enfin à mon appartement toujours aussi vide. La seule façon de me soulager, c’est d’écrire, de composer, de jouer… Je catalyse cette colère comme je peux.

Je reçois l’appel de l’oncologue qui me prescrit mes médicaments. Je n’ai pas envi de les prendre. J’essais de marchander.

« Il y a forcement un autre moyen… Je peux vous payer vous savez… J’ai de l’argent… Beaucoup d’argent… Je suis sur qu’il y a un moyen pour que j’ai… quoi… 1 ou 2 mois de plus, non ?
Je voulais vous le dire au moment où vous êtes sorti : on ne peut plus vous aidez. Votre cancer est trop avancé. Seuls ces médicaments peuvent vous soulager… Je suis désolé. »

Je raccroche sans dire un mot. J’abandonne tout espoir de pouvoir assouvir mes désirs, qu’ils soient musicaux ou autres. Je me lève et m’assoit sur mon canapé. Je sors une bouteille de Whisky du bar qui est juste à côté, me sert un verre et le boit d’une traite. Je me mets à pleurer, sans pour autant émettre une émotion. J’ai peur de souffrir, j’ai peur pour mes amis, ma famille, peur pour le groupe… Dois-je le leur dire ? Mais si je leur dis, ils ne voudront plus reprendre la tournée. Je me lève en posant mon verre sur la table basse, prend mon reflex et part dans les rues de Berlin.

Toujours encapuchonné, j’exprime ma mélancolie en noir et blanc. Je trouve que le noir et blanc fait mieux ressortir les émotions, qu’elles soient heureuse ou non. Un couple qui s’embrasse devant un cerisier japonais, une vieille dame donnant à manger aux canards, une mère qui essai de faire marcher son enfant. Toutes ces choses que j’ai pu connaître et que je ne vivrais plus, et toutes ces choses que je ne pourrais pas connaître. Je me sens invincible avec mon appareil photo. Comme si le temps se figeait pour s’exprimer. J’étais comme un paparazzi, je me cachais derrière les buissons pour que les gens ne me voient pas.

Je rentre chez moi, les médicaments en poche, près à les ingérer. J’ai soudain plus envi. A la vue de ces deux gélules et ces trois comprimés, je n’ai plus la force de continuer. Le bruit de la sonnette m’interrompt dans ma réflexion. Je regarde par le judas, pour ne pas avoir de surprise. Till en train de se recoiffer, comme si il allait à un rendez-vous. J’essais de cacher mes médicaments de sa vu et lui ouvre la porte.

« Till !!! Que fais-tu ici ?
Tu ne te souviens pas ?...
- A vrai dire, je suis plutôt occupé, en regardant l’endroit où sont mes médicaments de peur qu’il ne les voie.
- Il y a une fille, c’est ça hein ? C’est pour ça que tu n’es pas venu tout à l’heure ?
- Tu sais très bien se que l’en pense de ce genre de chose…
- Mouai… Bon, c’est l’anniversaire de Marie-Louise, c’est pour ça que je suis venu. Tu veux toujours venir ?
- Euh… Sans vouloir te vexer…
- Hey ! Tu ne vas pas nous faire une déprime hein !
- … Bon aller ! Laisse-moi me préparer, je t’appel quand je suis près.
- Je peux t’attendre ici si tu… »

Je bloque la porte pour l’empêcher de passer, ce qui lui coupe la chique. « Ne te dérange pas pour moi. Je t’appellerai ! ». Son « o-k ! » d’un ton intrigué m’oblige à trouver une excuse potable.

Quelques heures plus tard, le groupe est réuni chez Till pour discuter de la reprise de la tournée. Tout le monde s’est chamaillé mais une date a été retenu : le 6 novembre. La pause de Noël/Nouvel an commence le 16 décembre et on reprend le 3 février… Je repense à mes trois mois de sursis. J’essais de me cacher le plus possible de mes camarades pour qu’ils évitent de voir la tristesse de mon visage. J’enfile les verres de Vodka et de Whisky jusqu’à ne plus pouvoir regarder mes pieds. J’essais tant bien que mal d’oublier. D’oublier cette putain de mutation de cellules qui m’a bousillé en si peu de temps et sans que je m’en rende compte. En y pensant, j’en ai les larmes aux yeux. Marie-Louise souffle ces bougies et c’est la fin de la fête pour moi. J’essais de m’esquiver en douce, rien à faire, je suis plein. Quelqu’un me porte, je n’arrive pas à voir qui c’est.

14h, je me réveille, la tête dans un étau. Je n’arrive même pas à reconnaître ma propre chambre. Et puis, je repense à la soirée d’hier soir, surtout au retour, qui m’a remmené ? Je me lève difficilement de mon lit, enfile quelque chose de décent, et va dans le salon. A ma grande surprise, je vis Paul, affalé dans mon canapé… Avec les médicaments à ces pieds… Pris de panique, je me décide à les cacher dans ma chambre le plus vite possible.

« C’est quoi ces médicaments ?
- C’est pour ma grand-mère, tu sais qu’elle est malade !
- Non…
- Bref, c’est pour elle ! »

Mon excuse marche car il s’est rendormi aussitôt. Mais j’hésitais à lui avouer la vérité. Je sais que je peux lui faire confiance. J’entre dans ma cuisine et me fait un café. Paul sursaute à l’odeur des croissants chauds et s’empresse de m’en piquer. Je crois que c’est lui qui va le plus me manquer. Ce n’est pas que j’aime moins les autres, mais c’est lui qui a eu le plus d’impact sur ma personne. On s’est mis à discuter de la tournée, les chansons et les effets pyrotechniques qu’on va utiliser sur chacune d’entre elles… ça dura toute l’après-midi. Vers 20h, il décida de rentrer chez lui. Je suis allé dans ma chambre, j’ai pris les mêmes médicaments que je devais prendre et j’ai encore eu ce bug. Toujours pas envi de les prendre. J’ai toujours aussi peur, ou c’est le fait que j’ai envi de raccourcir l’échéance ?... Je range les médicaments dans ma table de chevet, va dans le salon, allume la télé et m’évade dans les bras de Morphée …


26 novembre 2011. Berlin. 02 World.

3h avant le concert et j’ai toujours autant le trac. Mais se soir n’est pas un soir comme les autres, je le sens. Je prépare mes affaires méticuleusement. Schneider est avec moi et commence déjà à taper partout avec ces baguettes.

« Tu vas t’arrêter un peu ?!
- Tu me connais, je ne sais pas m’arrêter avant un concert ! »

On commence à partir vers la salle. Nous sommes rejoins par le reste de la bande et par le groupe Deathstar. On commence les balances et quelques essais pyrotechnique qui n’avait pas fonctionné la veille et quelques petite nouveauté. Après, on va dans nos loges. Je suis avec Flake, ça change un peu et j’adore sa compagnie. Il est toujours là pour me résonner, que ça soit moi ou les autres d’ailleurs. J’aide à le maquiller, ça n’a jamais été son point fort. Je me maquille à mon tour. Flake part voir les autres et j’en profite pour aller discrètement dans la loge de Paul et Schneider. Je pose une enveloppe sur ce qui semble être le coin de Paul et rejoins les autres. Le concert est sur le point de commencer. Nous avons tous notre Tequila dans la main, trinquons et la buvons d’une traite. J’ai cru que Flake allait vomir, il n’est pas fan de Tequila.

Nous allons sur scène. Les lumières s’éteignent puis rallument aussitôt et nous commençons à jouer. Ce fût intense pour moi. Je senti que c’était aujourd’hui que j’allais partir. Je prends beaucoup de plaisir à jouer. Plus que d’habitude. Les fans crient mon nom et je ne les remercierai jamais assez. Le feu me brûle et je ne sens plus rien désormais. Vient au tour d’Engel. Je donne tout ce que j’ai sur cette ultime chanson. Ces 4 minutes 30 ont duré une éternité pour moi. A la dernière note, je m’effondre. Les lumières s’éteignent. Paul coure vers moi, suivit de Flake et de Schneider. Ils tentèrent de me réveiller, mais c’était fini. Mon cœur cessa de battre sur cette dernière note.

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J’étais en pleurs. Il était dans mes bras, sans vie. Je ne savais pas quoi faire. Nous allons dans nos loges respectives, tout en ayant une dernière pensée pour notre ami. En m’asseyant, je vis cette enveloppe, l’ouvrit et la lis :

« Je voulais te le dire, le jour de l’anniversaire de Marie-Louise, mais je n’ai pas osé. J’avais trop peur. Peur de ta réaction et peur de moi-même. Ces médicaments qui t’intriguais n’étaient pas pour ma grand-mère, ils étaient pour moi. J’avais appris la veille que je souffrais d’un cancer et que je n’avais que trois mois à vivre. Je ne voulais pas vous le dire de peur qu’il n’y ait pas de tournée. Je sais, c’est très égoïste mais je voulais que ça se passe ainsi. Je voulais pouvoir profiter de ce moment une dernière fois avant de mourir. Tu passeras cette lettre aux autres si tu le souhaites. Vous serez à jamais dans mon cœur.

Je terminerai sur une strophe écrite de la main de mon plus grand ami qu’est Till : Dieu sait que je ne veux pas être un ange.

Richard. »

Je n’ai pas pu retenir mes larmes et ma colère. Il aurait dût nous le dire. On l’aurait soutenu. C’est tout lui, il ne sait pas dire les choses en face… Mais je ne peux pas lui en vouloir. Schneider entra dans la loge, me vit dans cet état, m’agrippa dans ces bras encore humide des larmes de nos amis et vit la lettre de Richard. Il eut la même réaction que moi, mais il comprit plus vite que moi. Till, Flake et Oliver nous rejoignit. Et dans une étreinte fraternelle, nous pleurâmes la mort de notre ami.